Il y a un an, les Verts décrochaient leur 2e étoile africaine

19 juillet 2019, une date, un évènement. L’équipe nationale de football décrochait la Coupe d’Afrique des Nations. Un joli trophée ramené d’un stade qui ne nous sourit pas souvent, voire pas du tout. D’ailleurs une année avant cette consécration africaine, soit en 2009, l’équipe nationale reçu une « tannée » extra-sportive sur cette terre Cairote. Qui ne se souvient de cette embuscade tendue par les ultras égyptiens aux footballeurs algériens qui devaient affronter l’équipe locale pour le compte des éliminatoires du mondial 2010.

Ce mauvais souvenir a laissé place à l’évènement continental remporté haut la main par les protégés de Djamel Belmadi. Un coach à qui l’ont doit beaucoup car, non seulement, il a remis notre sélection sur rails, mais il a su réconcilier les algériens avec leur équipe nationale.  Belmadi qui venait de fermer la parenthèse Alcaraz-Madjer, succède ainsi au tableau du palmarès au regretté Abdelhamid Kermali qui avait remporté, en 1990, le première titre africain de l’équipe nationale.

A cette époque Belmadi avait juste 14 ans mais jouait déjà au ballon au sein centre de formation de son quartier à Champigny-sur-Marne, banlieue parisienne. Certainement que personne n’aurait parié qu’un jour il serait le sélectionneur le plus heureux de la planète. Bien droit dans ses bottes, Belmadi prendra en main la barre technique des Verts pour annoncer tout de go « nous irons en Egypte pour gagner la coupe d’Afrique ». Rien que ça. 

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Bien évidemment que personne n’y croyait, mais tout de même on applaudissait son optimiste. Au même moment, le président de la FAF , Kheireddine Zetchi se fixait comme objectif une place aux demi-finales de cette CAN. Le coach voyait plus loin que son président. Les Verts annoncent la couleur en décrochant la première place du groupe qualificatif. Belmadi attire déjà la sympathie des algériens surtout lorsqu’il tiendra tête aux journalistes lors de sa première conférence de presse. On était loin des « taisez-vous ! ».

Le soutien du hirak

Belmadi avait les mots justes, il n’avait pas froid aux yeux et prêt à aller au combat. C’était suffisant pour que son nom soit scandé dans les stades mais aussi, et surtout, parmi la foule qui constituait le Hirak. « Belmadi président » scandaient les hirakiste qui ont été d’un soutien inconditionnel au nouveau coach. Ce dernier représentait le renouveau, la jeunesse, l’amour sincère pour le pays et surtout il ne mentait pas. Belmadi, sans aucun détour, s’affiche alors carrément aux côtés du peuple algérien lorsqu’au cours d’une conférence de presse il dira : «Je vous ai déjà dis cela plusieurs fois, depuis le début. Tant de monde qui descend dans la rue, qui ont les revendications que nous connaissons. C’est évident de les prendre en considération. Il faut les prendre très au sérieux et aller au nœud du problème. Faire en sorte que les choses évoluent,  progressent. Je suis avec cela à 1000%” .

Djamel Belmadi a fait part de son étonnement qu’un « peuple comme celui-ci, qui, tous les jours, fait preuve d’une telle discipline, ne soit pas écouté ». Admiratif de ces jeunes pleins de volonté, de courage et décidés à faire concrétiser leurs objectifs, Belmadi retiendra la leçon pour en parler franchement avec ses joueurs en le disant : « il faut répondre positivement aux attentes de cette jeunesse qui nous soutient. Nous devons être à la hauteur de ses aspirations ».

La coupe d’Afrique, 32é édition, débute le 21 juin 2019 au Caire. L’Egypte est le grand favori de l’épreuve. Les Verts débutent fort avec trois victoires lors du 1er tour, des huitièmes de finales qui passent aisément, beaucoup plus difficile face aux Ivoiriens où le match est allé la série des tirs au but, et une superbe demi-finale face aux Nigérians. L’Algérie retrouve le Sénégal en finale. Une finale expédiée en deux minutes suite à un but somptueux de Bounedjah. L’Algérie remporte le titre continental. Qui l’eût cru au départ ? Pas beaucoup d’observateurs, ni les « auto-proclamés » consultants. Mais l’autre contingent y croyait dur comme fer. Les supporters des Verts avaient confiance en leur équipe, c’était largement suffisant.

Une année après Belmadi s’exprime sur le sujet sur le site de la fédération en disant : « je voulais être le premier qui prend la coupe d’un pays pour la ramener chez lui. Ce sentiment-là c’est énorme ( …) On n’est pas allé en Egypte comme le petit poucet où l’équipe qui est sortie au premier tour comme 2017. On y est allé avec l’idée d’être valeureux, brave, ambitieux et d’y croire. Le rapport aux joueurs est pour moi l’essentiel de ce métier. Ces joueurs-là, je les aimes, tout simplement » a-t-il déclaré.

Belmadi  réussit sa mayonnaise

Ces joueurs que le coach a su les rallier à ses convictions, à sa motivation et à ses objectifs, ont été triés dans le tas. L’arrivée de Belmadi a coïncidé avec une étape assez difficile. Des joueurs en manque de confiance, en total coupure avec leurs supporters ajouter à cela une situation difficile que traversait le pays. Dans ce charivari,   Belmadi a su composé un effectif qui donnait l’impression d’être hétérogène au départ. La vérité du terrain prouvera tout autre chose. Entre anciens et nouveaux, professionnels et ceux formés au pays, « jeunots »  et « pré-retraite », la mayonnaise a bien pris.

Pour une raison où une autre tout un chacun pensait que les Guedioura, Slimani, Belaïli, Boudaoui, Zeffane, Bounedjah n’étaient pas à apte à un tel rendez-vous. On ne faisait pas confiance, il faut l’avouer, aux prestations de Feghouli, Brahimi où Mahrez… Mais il faut tout de même avouer que contre mauvaise fortune, les algériens ont toujours faits bon cœur. Et voilà qu’au fil des matchs les Verts prennent confiance en leurs possibilités, ils jouent bien, ils marquent des buts et gagnent. Bounedjah que d’aucuns le taxaient de buteur dans le « petit » championnat du Qatar, prouvent le contraire dès l’entame de la compétition. Mahrez qu’on lui prêtait de ne pas mouiller le maillot s’avérera comme la locomotive de l’équipe. Belaïli prouvera qu’il n’était pas fini malgré sa lourde sanction, Guedioura qui avait pourtant annoncé sa retraite internationale retrouvera une deuxième jeunesse. Zeffane qui remplaça au pied levé Attal, sera l’auteur de très belles prestations. Feghouli, Adam Ounès, Slimani, Boudaoui et tous les autres ont dignement représenté le pays. On retiendra de ces joueurs, les larmes de Youcef Atal qui trouva refuge dans les bras de Belmadi, les pleurs enfantins de Bounedjah. On retiendra le courage de Benlamri, la hagne de Guedioura, l’abattage  de Benacer, de Bensebaini, de Mandi, le calme olympien de M’Bolhi.

Bref que de belles images auxquelles viendra s’ajouter ce magnifique, cet extraordinaire but de Mahrez face au Nigeria en demi-finale. Un but qui fera sortir toute l’Algérie dans la rue pour fêter comme il se doit cette réalisation. Et pour clore ces instantanés n’oublions pas cet accueil époustouflant à Alger accordé aux Héros. Les Verts venaient de remporter « El Kahloucha ».

Objectif la Coupe du monde 2022

L’appétit vient en mangeant dit-on. Aujourd’hui que la page de la CAN 2019 est tournée, d’autres objectifs pointent déjà à l’horizon. En premier la prochaine coupe d’Afrique des nations où il va falloir cravacher dur pour défendre son titre. Ensuite, et  c’est le volet le plus important,  la qualification pour le mondial 2022 qui aura lieu au Qatar. Belmadi a déjà annoncé son objectif pour ce Mondial.  

 «C’est bien de préciser qu’il faudra d’abord y aller (au Mondial) car ce sera long, difficile et compliqué. Cela va être l’objectif de toute manière, ne pas y aller serait un échec considérable. Ensuite dès qu’on aura fait le travail et qu’on sera qualifié… l’objectif sera de la gagner», a lancé le technicien. «Plus sérieusement, l’objectif ne sera pas de participer et faire du mieux que l’on peut. Ce sera de tout donner et croire en l’impossible. L’essentiel ne sera pas de participer, les joueurs ont compris le truc, ils ne se fixent aucune limite.»

Plus ambitieux que cela, difficile d’en trouver. Alors les algériens se mettent à rêver de ce grand exploit en terre Qatarie que Belmadi connaît assez bien pour y avoir exercé son métier. Rendez-vous est pris pour cet objectif que les Verts veulent négocier positivement. D’ailleurs ils n’ont pas d’autres solutions que celle de confirmer leur retentissant succès en compétition africaine. A nous le mondial … !

Azeddine Hammou